Vendredi 16 juin 2006

Je pense que beaucoup d'entre vous étaient comme moi devant la tv pour regarder le match France-Suisse mardi dernier. Et comme moi, vous avez été fortement déçus par la performance des Bleus.  

  Depuis plusieurs jours précédant la rencontre, les journalistes, les joueurs et l'entraîneur nous présentaient la Suisse comme un adversaire redoutable, une puissance montante du football mondial. On voyait bien que les Bleus se méfiaient fortement de ces Helvètes tandis que les Suisses affichaient (au moins en façade) une grande confiance et un grand enthousiasme avant cette rencontre qui signait leur retour au Mondial.    

Les joueurs de l'équipe de France ont abordé la rencontre avec pour seule ambition de ne pas perdre et pour cela le sélectionneur n'a mis qu'un seul joueur en attaque contre 6 joueurs à vocation défensive. Le résultat était prévisible d'avance : nous n'avons pas encaissé de but mais nous n'en avons pas marqué non plus.    

Pourtant la France dispose dans ses rangs d'une profusion d'attaquants de classe mondiale : Trezeguet et Saha notamment mais aussi Giuly et Anelka qui n'ont pas été sélectionnés. alors pourquoi ne pas utiliser cette force de frappe qui ferait trembler tous nos adversaires et leur demanderait de s'adapter à notre jeu plutôt que l'inverse ? La réponse est simple : on a peur de perdre, on a la trouille, on fait dans notre froc. Tout part d'un manque de confiance dans nos capacités doublé d’un conservatisme à toute épreuve.    

Notre équipe ne fait pas confiance aux jeunes (c’est la 2ème plus vieille équipe du tournoi et la plus vieille de l’histoire des Bleus en coupe du Monde), les Zidane, Makelele, Thuram, Barthez et Vieira sont de bons joueurs mais ils ne sont plus les joueurs exceptionnels qu’ils ont été. Même s’ils s’en défendent ils n’ont plus aussi faim de victoire que des jeunes comme Ribéry ou Malouda. Pourtant ils ont verrouillé leur place et se sont cooptés pour jouer ce mondial.    

La peur et le conservatisme décrits ci-dessus sont le reflet des peurs et du conservatisme de le société française. La peur de la compétition dans laquelle on voit plus de risques que d’opportunités, le conservatisme pour que les gens en place ne cèdent pas de terrain à ceux qui veulent faire bouger les choses. C’est en cela que l’équipe de France est le parfait reflet de la nation. En 1998, on s’était rendu compte via le Football que les jeunes issus de l’immigration maghrébine et noire africaine, si on leur en laissait l’opportunité, pouvaient faire atteindre les sommets à la France. On n'en a tiré aucune conclusion en dehors des platitudes de l’intégration et on a laissé les Beurs et les jeunes noirs dans leur galère en maintenant le marché du travail complètement cadenassé, on a vu les résultats en 2005-2006…    

Le football est le miroir de la société, il n’y a qu’à regarder nos voisins espagnols. Leur équipe jeune et portée sur l’attaque a entamé le Mondial par un 4-0 contre l’Ukraine qui est une nation nettement plus forte que la Suisse. C’est la première fois que l’Espagne débute une compétition d’une façon positive. Je pense que cela a un rapport avec le vent de libéralisme qui aère la société espagnole depuis quelques années. Le parti popular (droite libérale économique) a libéré le marché du travail et fait baisser le taux de chômage de 20 à 8 %. Ces mesures n’ont pas été remises en cause par le parti socialiste qui y a ajouté des mesures libérales vis à vis de la société (mariage gay, autonomie accrue des régions etc.). Tout cela a conduit l’Espagne à être un pays optimiste, gouverné par des jeunes qui se projettent dans le futur.    

Tout cela pour conclure que si notre équipe perd c’est aussi le révélateur que notre pays est en train d’étouffer sous ses peurs et ses conservatismes. Passons à l’attaque plutôt que de nous recroqueviller tous en défense.

  

par O. Dardalhon publié dans : Philosophie
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Mercredi 14 juin 2006

Quand Elliott m'a passé le relais pour faire vivre le blog, j'ai d'abord été enthousiaste devant ce nouveau challenge puis est venue la crainte de ne pas avoir assez de temps à y consacrer. C'est vrai que pour qu'un blog vive, il faut l'alimenter régulièrement en articles ou opinions en espérant que ceci intéressera les lecteurs et, encore mieux,  les fera réagir. Or, le temps est quelque chose de précieux, ne dit-on pas que le temps c'est de l'argent ? Je me suis alors demandé comment j'allais pouvoir trouver le temps de débusquer des sujets, faire des recherches et rédiger mes textes dans les 24 heures qui composent une journée.

 J'ai fait mes calculs : je passe environ 20 heures par jour à travailler (ne le dites à personne mais je travaille plus de 35 heures par semaine), dormir, me nourrir, me déplacer, m'approvisionner et me tenir propre. Cela laisse 4 heures vraiment à moi, des heures pour lesquelles j'ai le choix de faire ce que je veux, selon mes désirs et mes moyens. Avec ces 4 heures je pense être un privilégié parmi les actifs urbains trentenaires. Combien d'amis ou de collègues de travail jonglent entre des horaires de bureau interminables pour cause de sous effectifs ou de mauvaise organisation, des horaires de crèches ou de nounou souvent peu flexibles, des temps de transport longs et exténuants, des horaires de commerces très étroits sans parler de ceux des administrations etc. Donc la gestion temps est un élément important dans nos vies modernes, particulièrement pour tous ceux qui ont une vie active et qui par leur travail permettent à la société de vivre. 

Bon vous vous demandez peut être où je veux en venir avec mon temps et vous vous dites peut être que je vous fais perdre le vôtre ! Donc j’en viens au coeur du sujet : quelle politique mener pour permettre aux citoyens d'augmenter la durée de leur temps libre et d'en profiter au mieux ?

Comme souvent deux visions du monde et deux politiques s'opposent :  - la vision socialo-conservatrice - la vision libérale.

La vision socialo-conservatrice va définir quels sont les services auxquels auront droit les citoyens à partir de critères idéologiques ou théoriques : la gestion du temps devra être traitée par un organisme municipal, elle visera l'égalitéTM (en fait l'uniformité), elle sera bien entendu socialeTM et pour l'aile conservatrice elle pourra être basée sur des critères religieux (aucun travail le dimanche). Cette vision prend comme présupposé que l'horaire "normal" et équitable doit être 9h00 - 18h00 pour tout le monde. Bien sûr, ce "tout le monde" commencera par les fonctionnaires et assimilés (pourquoi y a t il une diminution du trafic de métro dès 18h30 alors que beaucoup de gens sortent du travail à 19h00?) mais il devra s'étendre à tous le monde, c'est vrai quoi, on se demande bien pourquoi tous ces gens ont-ils besoin de travailler si tard !

Le rêve de société c'est que tout le monde travaille en même temps parce que c'est injuste de faire travailler des gens plus tard pour servir les autres. Dans cette logique, ce n'est pas la peine d'aller chercher une lettre recommandée à la poste quand on rentre chez soi après sa journée de travail, et puis on a qu'à s'organiser pour faire les courses entre midi et deux ou d'aller chercher le petit dernier à 18h00 tapante à la crèche du quartier ! Faut pas abuser quand même ! Bien entendu, on ne parle même pas d'aller faire du shopping lors du repos dominical parce qu'il est écrit que cela doit être un jour de repos pour tous ! Bien entendu les socialo-conservateurs se rendent compte que ce système ne fonctionne pas comme ils le voudraient et que c'est même  les plus défavorisésTM qui en souffrent le plus parce qu'ils n'ont pas les moyens financiers d'échapper aux transports en commun, à se payer une nounou à domicile (subventionnée par la collectivité grâce aux réductions d'impôts) et d'avoir des horaires plus souples. Alors les socialo-conservateurs crient que c'est la faute à l'ultralibéralisme de notre pays si on exploite les gens jusqu'à les faire travailler à des horaires non prévus par le GOSPLAN.

Ils ont alors l'idée de créer l'arme absolue pour résoudre ces problèmes : LE BUREAU DES TEMPS. (Cf site internet de la mairie du 18e à la rubrique « Vie citoyenne »). Bon déjà, cet intitulé me rappelle fortement l'époque de l'organisation fordiste du travail avec la présence dans les usines d'un bureau des temps et des méthodes chargé de contrôler le temps passé par les opérateurs sur chaque tâche.  Comme je suis quelqu'un de curieux par nature, je regarde à quoi correspond cette démarche du Bureau des Temps sur le site de la mairie de Paris. Bien entendu la première page sur laquelle je tombe concernant ce fameux bureau parle d'une subvention à une association... C'est tellement classique de la part de nos planificateurs favoris ! A quoi correspond cette subvention ? Et bien à un projet de téléphonie socialeTM de cette association. Un projet de téléphonie je vois à peu près à quoi cela peut correspondre (style ligne verte ou ligne d'info service) mais la téléphonie socialeTM je ne vois vraiment pas ce que c'est, sauf que le mot socialTM permet de justifier tout le gaspillage de l'argent du contribuable.

Après cette constatation tellement prévisible, je poursuis mon investigation sur le site de la Mairie de Paris. Je vois notamment que ce bureau est placé sous la tutelle d'Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris et que l'équipe est composée de pas moins de 8 personnes ! Ces 8 personnes : 1 responsable, 4 chefs de projets, 2 chargées de mission et 1 assistante auront pour objectif "d'être à l'écoute des attentes des parisiennes et des parisiens pour adapter au mieux les services collectifsTM aux besoins qui s'expriment, en tenant compte des contraintes des personnels." Pour résumer, ces 8 personnes prendront note des complaintes des mères de famille qui n'ont pas le temps de récupérer leur gosse à la crèche le soir ou bien la plainte du gars qui voudrait bien se payer une piscine en nocturne et qui trouve porte close... Ca, c'est la partie "écoute des attentes" mais attention, le 2ème objectif sera de tenir compte des"contraintes des personnels" ce que je traduis par le personnel de la crèche qui veut pas bosser après 19h00 et des maîtres nageurs qui veulent passer leur nocturne chez eux et qui sont bien décidés à faire valoir leur droitsTM (si besoin à l'aide des syndicatsTM favori) !

Quel dur travail pour 8 personnes ! Les journées doivent être trop courtes ! Malgré tout, sur le site on peut noter les grandes réalisations de ce Bureau des Temps (les données semblent dater de 2003) : création d'une nocturne dans une piscine, accueil d'enfants handicapés dans une bibliothèque, création de passerelles entre la crèche, l'école maternelle et le centre de loisirs et l'apogée de leur action avec l'ouverture de la possibilité une fois par semaine (faut pas abuser quand même!) d'inscrire les enfants en crèche dans une mairie jusqu'à 19h30 ! Pour arriver à ce magnifique bilan, toute une usine à gaz administrative a été mise en place sur laquelle je ne m'appesantirai pas. 

Enfin et pour conclure sur l'approche socialo-étatiste du problème de la gestion du temps, voici les grandes orientations du bureau des temps :      

1- Organiser un processus de démocratie participativeTM autour de la question du temps afin de renforcer la cohésion socialeTM  et réduire les inégalités et les situations d'exclusion.      

2- Améliorer la qualité de vie quotidienne en garantissant à chacun l'accès aux activités nécessaires à son équilibre personnel et social en articulant les différents temps des personnes et des familles (temps familiaux, professionnels, personnels, associatifs, sociauxTM)      

3- Mettre en oeuvre une politique d'aménagement du territoire en intégrant à la notion d'espace celle de temps, en rendant les services plus accessibles et en valorisant le territoire. 

Là on est dans le domaine du rêve ! Quels grands mots (démocratie participative, cohésion sociale) pour trouver le moyen de planquer 8 amis politiques en vue de faire des actions qui pourraient être mises en place par une négociation directe ou sans passer par de structure compliquée !

On veut garantir à chacun l'accès aux activités « nécessaires » à son équilibre : mais qui sait quelles sont les activités nécessaires à mon équilibre ?

On entre enfin dans la quatrième dimension quand on parle d'aménagement du territoire avec la notion d'espace temps !

Pour finir, on voit ici l'exemple parfait où les étatistes repèrent un problème de société : la gestion du temps, s'y engouffre allègrement en promettant de tout résoudre et finissent par créer des usines à gaz où toute une faune de prédateurs de planques monumentales prolifèrent.

Le point d'orgue de cela est l'intrusion de l'Etat dans la sphère la plus privée par la définition de la gestion du temps idéalement définie selon le GOSPLAN (soit avec les même critères pour tous et avec le minimum d'emmerdement pour les fonctionnaires). 

Après avoir passé en revue la politique socialo-conservatrice de la gestion du temps, je vous donne ma vision des choses que j'espère proche de celle d'Alternative Libérale. 

La vision libérale sera  basée sur l'individu sans intervention de corps intermédiaires parasites et sera basée sur des critères pragmatiques : je rentre tard le soir et je veux pouvoir aller au supermarché la nuit, comment en trouver un d'ouvert ? Je souhaite pouvoir faire du shopping le dimanche, comment je fais ? Mes enfants doivent pouvoir sortir de crèche à l'heure où je sors du bureau ? Je suis un nageur noctambule, comment trouver une piscine ouverte la nuit ?

De cette vision sortira une constatation simple : les citoyens ont une demande, et le but de la politique libérale sera de faire émerger une offre privée pour répondre à cette demande. En effet, seul le marché est capable de souplesse pour s'adapter à la multitude de cas différents de nos sociétés complexes. Ça y est le gros mot est lâché, rentrez les enfants, verrouillez vos portes à double tour : le marché serait la solution !

Le marché est pourtant aveugle ! Mais une personne aux yeux bandés n’est-elle pas la représentation de la justice ?

Attention, je ne vous promets pas que ce sera le paradis sur terre, que tout le monde s'aimera, que la vie sera un long fleuve tranquille ! Non ! Le marché n'est pas un but en soi, c'est seulement le moyen le moins mauvais pour permettre de fluidifier les échanges entre les gens et donc d'augmenter leur libertéTM de choix. Donc contrairement aux socialo-étatistes : pas de bureau, pas de structure étatique, pas de sondage en vue d'établir un profil moyen qui ne correspond à personne, pas de plan d'urbanisme pour dire quoi faire... juste laisser libres les citoyens d'exprimer une demande et à d'autres de la satisfaire en créant des crèches, des piscines nocturnes, des supermarchés ouverts 24/24 et 7/7 s'ils trouvent leur intérêt à le faire. L'aide de l'Etat ou de la Mairie devra se limiter dans ce cas-là à l'octroi à tarif préférentiel d'un chèque service en vue de permettre aux plus défavorisésTM  d’accéder à ces services mais en conservant la liberté de faire jouer la concurrence et d'être exigeants avec leur fournisseur de service. Cela créerait de plus de nombreux emplois en horaires décalés permettant aux étudiants, artistes ou toute personne voulant faire autre chose de leur journée de trouver un travail. Notre ville serait moins morne le dimanche et les soirées. Personne ne serait obligé de travailler en heure décalée mais les lois du marché feraient automatiquement augmenter les salaires à ces horaires par rapport à ceux de jour (pas besoin de législation ou de SMIC imposé arbitrairement).

Pour en arriver là, il faudra passer par la suppression des règles qui limitent la liberté de travail et la liberté d'entreprendre dans ce pays mais cela c'est une autre histoire qui prendra peut être beaucoup de temps... 

 

Aparté :

Je suis en train de faire un inventaire de l'utilisation des mots socialTM et solidaritéTM dans la communication sur internet de la mairie de Paris et voir comment est pervertie l'idée de SocialTM dans notre pays par son utilisation à toute les sauces en vue de légitimer des actions anti-sociales... Si vous avez des idées elles seront les bienvenues.

par OD publié dans : Philosophie
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 - Frédéric Bastiat

« Il est significatif que l'argument le plus courant contre la concurrence consiste à dire qu'elle est aveugle. Il est peut-être opportun de rappeler que pour les Anciens la cécité fut un attribut de la divinité de la justice»
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