Mercredi 9 mai 2007 3 09 /05 /2007 10:38

 

Les résultats de l'élection préidentielle signent le 3ème échec consécutif du Parti Socialiste. Quelles sont les raisons de cette absence de résultat?

Pour moi, la principale raison est que le PS a renoncé à défendre ceux qui sont les plus exposés pour se concentrer sur ceux qui sont les plus protégés et ceux qui profitent du système. Le PS est un parti de fonctionnaires, un parti supporté par des gens vivant sur les subsides de l'Etat providence.

Un 1er exemple de cet état de faits : les intermittents du spectacle. Voilà des gens qui disposent d'un régime ultra avantageux et ultra défécitaires financé par les ouvriers et employés sur leur cotisations sociales bien qu'ils ne bénéficient pas du 10ème des prestations. Eh bien, au lieu de supprimer ce régime spécial au non de l'Egalité, le PS propose au contraire de revenir sur les maigres réformes passée sous Raffarin.

Un second exemple : Les régimes spéciaux de retraite qui sont également un inégalité criante envers les salariés du privé ou le PREFON RETRAITE qui est un fond de pension réservé aux fonctionnaires alors que ce type de retraite par capitalisation est interdite aux salariés du secteur privé.

Tant que le PS ne reviendra pas à des principes aussi simple que l'Egalité de droits, il ira d'échecs en échecs aux élections pour le plus grand bonheur des conservateurs de ce pays.

 Ci dessous, un exemple de ce que pourrait être le programme d'un parti socialiste rénové. Je pense que Jean-Marie Bockel est le plus en pointe au PS pour porter de nouvelles idées de progrès social qui ne seraient pas contaminées par le Marxisme. Saura-t-il émerger face aux brontosores du PS, c'est loin d'être sûr.

Le socialisme libéral : une voix pour la gauche, une voie pour la France

 

Nous sommes en crise, c’est entendu.

 

Crise économique : chômage de masse, lourd endettement et croissance anémiée, dessinent les contours d’un échec durable. Crise sociale : exclusion et précarité, inégalités de situation et de destin, fragmentations des territoires, discriminations multiples, dysfonctionnement de la puissance publique, remettent en cause notre pacte social. Crise politique enfin : abstention chronique, vote protestataire, faiblesse de la délibération commune et de la culture de compromis, sclérose des partis, menacent l’exercice d’une démocratie partagée.

 

Les symptômes sont là mais pour ne pas nous tromper d’action, ne nous trompons pas ici d’analyse.

 

Nombreux sont ceux qui à gauche, et singulièrement au parti socialiste, appellent à un tournant anticapitaliste et antilibéral. Ajoutant le rejet du traité constitutionnel à la crise, ils attendent le sursaut d’une gauche radicale et alternative. Ils refusent l’accompagnement social-libéral du marché et défendent une forme canonique de l’Etat-providence, seul garant de l’intérêt général.  Ce faisant, ils confondent les symptômes et la prescription des remèdes. Car si le non est bien le dernier avatar de l’insatisfaction générale, il ne contient pas en lui-même le choix d’une ligne politique : il n’implique en rien un « coup de barre à gauche ».

 

Sans surprise, c’est dans la bouche du pragmatique Tony Blair que nous trouvons la description la plus fidèle de la crise : le non à l’Europe témoigne de l’insatisfaction des peuples et de l’échec des politiques conduites.

 

Or le Danemark, la Suède, la Finlande, comme l’Angleterre, montrent à rebours que la réussite économique, le progrès social et la vitalité démocratique sont possibles et interdépendants. Sans qu’aucun de ces pays n’ait fait le choix d’un Etat-providence centralisateur, dirigiste et égalitaire. Tous, au contraire, me paraissent constituer des variantes possibles de ce socialisme libéral,

 

qu’avec d’autres, j’appelle de mes voeux.

 

En prenant au mot ce libellé.

 

Socialisme, car nous devons opposer aux rapports de force et à l’injustice, la nécessité d’une émancipation partagée. Car nous devons chercher à défendre l’esprit public, ce qui fait société, à réduire les inégalités et à garantir les droits et les solidarités. Car nous devons soutenir le principe d’une action collective et volontariste.

 

Libéral, car nous comprenons l’émancipation comme accès à la liberté. Nous défendons la délimitation de la souveraineté de l’Etat, la liberté et la responsabilité individuelle, l’autonomie de la société civile. L’émancipation doit être le fruit des libertés mises en commun ; réunies par le débat et la négociation contractuelle, réglées par les normes du droit et l’exercice de la justice. Reconnaissons, en conséquence, le rôle du marché, créateur de biens et d’échanges. Assumons la concurrence, source d’innovation, de mobilité sociale lorsqu’elle s’oppose aux avantages hérités et aux monopoles constitués. Mais soyons tout autant attentifs à leur régulation afin d’en corriger les injustices, afin de nous opposer à la seule logique de la production et de la rentabilité maximale.

 

Oui, construire aujourd’hui une société solidaire suppose, tout en la dépassant, une économie de marché.

 

Ce socialisme libéral est à la fois fort de son histoire et en prise sur le monde contemporain. Il porte avec lui le socialisme utopique de Fourier, le socialisme libertaire et non-marxiste de Proudhon, l’humanisme de Jaurès, l’inspiration autogestionnaire, politique et syndicale, de la deuxième gauche.

 

Il entre en résonance avec nos sociétés modernes, ouvertes et plurielles. Conduites par l’individualisation, la multiplicité des activités et des appartenances. Sociétés dans lesquelles la liberté est un droit chéri et la justice une demande perpétuelle.

 

Ce socialisme libéral, décliné selon des traditions différentes, je le vois à l’oeuvre dans les pays d’Europe qui savent aujourd’hui inventer de nouveaux contrats de société en prise sur le monde tel qu’il va.

 

Soit le Danemark dont le taux de chômage est passé de 10% à 5% entre 1994 et 2000. L’inspiration libérale s’exprime dans l’absence d’une législation contraignante sur la protection de l’emploi.

 

L’inspiration socialiste s’y lit à travers le fort investissement de l’Etat dans les politiques de l’emploi (5% du PIB pour 6% de chômage contre 3% du PIB en France pour 10% de chômage) :

 

indemnisation élevée du chômage (90% du salaire pendant 4 ans), et dispositif ambitieux de responsabilisation et d’accompagnement vers une nouvelle activité. Ce qui se traduit par un niveau élevé des prélèvements obligatoires (57,3% du PIB en 2004 contre 50,4% en France). La mobilité

 

professionnelle ne s’oppose donc pas à la défense des intérêts des salariés et à l’action volontariste de la puissance publique. Apprenons qu’il est désormais préférable de protéger les travailleurs (en garantissant, par exemple, pour chacun des droits à la formation tout au long de la vie professionnelle) plutôt que les emplois existants.

 

Soit l’Angleterre du nouveau travaillisme, trop souvent vue comme symbole d’une économie de marché où l’on écraserait les pauvres. Alors que la santé de l’économie anglaise (croissance soutenue, inflation contenue, déficit limité et taux d’intérêt réduits) se conjugue avec le progrès social. La tradition libérale y est forte et s’exprime économiquement dans la libéralisation du marché du travail, la responsabilisation individuelle, l’encouragement de l’esprit d’entreprise et d’innovation. Mais le volontarisme, d’essence socialiste, est tout aussi déterminant : la continuité de l’emploi naît autant de la fluidité du marché que de l’action publique (création des « maisons de l’emploi » organisant au mieux la rencontre entre l’offre et la demande). Parce qu’ils sont socialistes, les travaillistes font du plein emploi un défi social et redistribuent les richesses créées : instauration d’un salaire minimum (augmenté de 40% en 6 ans), hausse du pouvoir d’achat, lutte efficace contre la pauvreté (le nombre d’enfants pauvres a diminué de 25% en huit ans), augmentation volontariste des dépenses publiques permettant des investissements sans précédent en matière de recherche, d’éducation (avec un budget en hausse de 5,75% par an), de santé (+7,25%), de transport et de justice. L’Etat providence renaît en Angleterre, rénovant les services publics démantelés par les conservateurs, mais son action et ses méthodes sont nouvelles. Décentralisé, il détermine les besoins au plus près des réalités, déclinant son action en objectifs pragmatiques et évaluant régulièrement les résultats de services publics dont il n’a pas le monopole.

 

Oui, le travaillisme met l’économie au service du social. Il nous apprend que c’est en créant des richesses que nous sommes ensuite capables de les redistribuer, que le succès économique, sans être suffisant, est nécessaire à toute politique progressiste réelle.

 

Alors bien sûr, il serait vain de vouloir transposer à la France des solutions toutes faites : nous connaissons les conditions spécifiques qui donnent sens aux « modèles » danois ou anglais : forte représentation syndicale et culture du compromis, adaptation de la formation aux emplois innovants d’un côté, valorisation des libertés et délimitation du rôle de l’Etat de l’autre côté.  Mais puisons dans ces exemples le désir d’inventer une expression française du socialisme libéral.

 

Socialistes, nous devons oser un discours de vérité liant sens des réalités, responsabilité et ambition transformatrice. Soyons capables d’un réformisme résolu. Réunissons le pragmatisme et l’idéalisme, rénovons notre modèle social afin d’incarner nos ambitions, non dans les discours, mais au coeur du monde tel qu’il est.

 

 

JEAN-MARIE BOCKEL

 

Par O. Dardalhon - Publié dans : Philosophie
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